La voie du rétablissement : le cancer à l’ère de la COVID-19

Tandis que la COVID-19 continue de perturber le système canadien de lutte contre le cancer, il convient de se concentrer sur trois domaines clés pour renforcer la capacité du système et sauver des vies

La voie du rétablissement : le cancer à l’ère de la COVID-19

Chaque jour, au Canada, plus de 600 personnes reçoivent un diagnostic de cancer et plus de 200 en meurent1. C’était la réalité avant que la COVID-19 ne bouleverse les soins de santé, tant pour les patients que pour les prestataires. Alors que l’ensemble du système de santé doit faire face aux conséquences de la pandémie, le cancer doit rester une priorité absolue : comme il a tendance à se propager dans l’organisme, plus le dépistage et le diagnostic tardent, plus le risque de perdre inutilement des vies est élevé.

Quand on parle du cancer, le temps est essentiel

La COVID-19 a provoqué des perturbations dans l’ensemble du système de santé, notamment l’annulation ou le report d’examens cliniques et d’interventions, ce qui a fait en sorte que de nombreux cancers n’ont pas été diagnostiqués ou traités. Plus le temps avant le dépistage d’un cancer est long, plus les résultats risquent d’être défavorables : un stade plus avancé au moment du diagnostic, des taux de survie plus faibles et des problèmes plus importants liés à la maladie et au traitement. L’effet de ces retards et l’accumulation croissante de cas non diagnostiqués sont amplifiés pour les collectivités mal desservies – les différences d’accès aux ressources, le pouvoir et les privilèges ont tous contribué aux inégalités en matière de santé pour ces populations, qui ont été exacerbées par la pandémie.

Étant donné que le fardeau de la maladie et l’ampleur des décès évitables sont plus importants que dans le cas d’autres affections2, le cancer doit être considéré comme une priorité lors de l’affectation des ressources de soins de santé, alors que le Canada continue de faire face aux répercussions de la pandémie. Bien que des efforts soient actuellement déployés pour renforcer la résilience du système de lutte contre le cancer, améliorer l’accès à la prévention, au dépistage et au traitement, et fournir des services de manière plus efficace et innovante, il reste encore beaucoup à faire.

Dans l’optique d’améliorer les soins et les résultats pour les patients atteints de cancer, l’équité en matière de santé doit être au premier plan de la réponse du Canada à la pandémie et au rétablissement qui s’en suit. En outre, les décideurs politiques et des acteurs du système de lutte contre le cancer devront se pencher davantage sur trois domaines clés :

A

L’épuisement et l’attrition des prestataires de soins aux personnes atteintes de cancer et des autres ressources humaines du secteur de la santé, notamment les infirmières, les thérapeutes et les techniciens, nuisent à la capacité du système de lutte contre le cancer à répondre aux besoins actuels.

B

Les perturbations dans les services de prévention, de diagnostic précoce et de traitement peuvent entraîner une hausse des cas diagnostiqués à des stades plus tardifs ainsi que des besoins en matière de soins que l’on verra se manifester dans les mois et les années à venir – et le système aura besoin de plus de capacité pour répondre de manière optimale.

C

Les nouveaux modèles de soins, soutenus par les outils numériques, aideront à résoudre les contraintes de capacité du système et d’accès à celui-ci, mais ils nécessitent des investissements et des changements dans les politiques et les démarches de soins.

S’attendre à une hausse

On estime que deux personnes sur cinq au Canada recevront un diagnostic de cancer au cours de leur vie, soit environ 229 000 personnes chaque année1. Il est à prévoir que le nombre de nouveaux diagnostics de cancer sera plus élevé que la normale au cours des deux prochaines années en raison des retards dans le dépistage liés à la pandémie, de la suspension des interventions non urgentes permettant de détecter un cancer, comme les biopsies et les examens d’endoscopie, des perturbations des déplacements qui ont empêché les gens de consulter des prestataires de soins de santé, ainsi que de la réticence des patients à consulter leur prestataire de soins primaires en personne.

Les répercussions de ces retards pourraient être lourdes : des études d’observation ont montré que des retards de traitement, même de quatre semaines, peuvent être associés à un risque de décès accru de 6 à 13 %3. Les dernières recherches montrent déjà que les temps d’attente plus longs associés aux ralentissements des interventions chirurgicales du cancer pendant la pandémie de COVID-19 risquent d’entraîner une diminution de la survie à long terme de nombreux patients atteints de cancer4.

Pour certaines populations qui étaient déjà confrontées à des retards considérables avant la pandémie ainsi qu’à d’autres inégalités dans la prévention du cancer en raison de barrières systémiques au sein du système de soins de santé, leur situation n’a fait qu’empirer à cause de la COVID-19. Par exemple, les personnes vivant dans des quartiers à faible revenu sont plus susceptibles de voir leur diagnostic retardé à la suite d’un test de dépistage anormal du cancer du sein ou du cancer colorectal5. De plus, les Premières Nations vivant dans une réserve en Ontario peuvent être plus susceptibles de subir des retards à la suite d’un test de dépistage anormal5.

En savoir plus sur ce qui pourrait se passer si le système de lutte contre le cancer n’est pas en mesure de faire face à la hausse des cas.

Un système sous tension

Le Canada est déjà à la traîne par rapport aux autres pays développés en ce qui concerne la capacité de son système de lutte contre le cancer, se situant sous la moyenne de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour ce qui est du nombre de médecins en exercice et des ressources de diagnostic clés telles que les appareils d’imagerie par résonance magnétique (IRM) et de tomodensitométrie6. Le Canada a également les temps d’attente les plus longs pour obtenir les services de spécialistes7. La pandémie a exacerbé ces lacunes.

Ce problème a une réelle importance, car le cancer touche tous les secteurs du système de santé et nécessite un nombre beaucoup plus important de professionnels de la santé pour assurer toutes les activités, des évaluations préopératoires aux interventions chirurgicales, en passant par la chimiothérapie, etc. Ainsi, alors que les ressources de santé ont été réaffectées et redéployées pour prendre en charge les cas de COVID-19, le système de lutte contre le cancer a été confronté à des défis sur plusieurs fronts, qui doivent encore être relevés.

 

  • Les services de prévention du cancer ont également été perturbés, notamment les programmes de vaccination contre le virus du papillome humain (VPH) pour les enfants d’âge scolaire, mais aussi les preuves d’une augmentation de la prévalence des facteurs de risque comportementaux, comme la consommation d’alcool, au cours des deux dernières années8,9,10.
  • En général, les gens n’ont pas bénéficié du dépistage selon les mêmes schémas ou à la même fréquence qu’avant la pandémie. Cela peut conduire à un plus grand nombre de cancers non diagnostiqués et non traités, ou diagnostiqués à un stade plus avancé, ce qui entraînera de moins bons résultats.

La mammographie systématique qui a permis de diagnostiquer mon cancer du sein a été retardée de sept mois à cause de la COVID-19.

Patiente atteinte d’un cancer11

  • Certains patients n’ont pas vu leurs prestataires de soins en personne pendant plus de deux ans, ce qui est problématique étant donné que de nombreux cancers nécessitent un examen en personne pour être diagnostiqués avec précision. Certaines populations, notamment les Premières Nations, les Inuits et les Métis, ont également hésité davantage à demander des services de soins de santé pendant la pandémie en raison du racisme systémique qu’elles ont subi par le passé12.
  • De nombreux patients ont vu leurs rendez-vous pour le traitement du cancer annulés et certains ont même vu des interventions chirurgicales reportées, créant ainsi une accumulation croissante qu’il faudra probablement des années pour résorber si de nouvelles stratégies ne sont pas mises en œuvre.
  • L’attrition et l’épuisement professionnel restent une préoccupation majeure parmi les prestataires de soins cliniques – et les offres d’emploi dans le secteur de la santé augmentent à un rythme alarmant.

En savoir plus sur l’état actuel du système canadien de lutte contre le cancer.

Les Premières Nations, les Inuits et les Métis sont touchés de manière disproportionnée

La force et la résilience des collectivités des Premières Nations, des Inuits et des Métis ont généré des moyens novateurs pour assurer la sécurité des membres de la collectivité pendant la pandémie tout en veillant à ce que leurs besoins en matière de soins de santé soient satisfaits. Toutefois, les effets du colonialisme et d’autres déterminants de la santé (tels que le manque d’eau potable, le surpeuplement, l’insécurité alimentaire, la pauvreté, l’accès limité aux soins de santé et le racisme systémique) ont produit des inégalités en matière de santé, que la pandémie a exacerbées. Ces inégalités continuent d’avoir un effet disproportionné sur la santé et le bien-être des Premières Nations, des Inuits et des Métis.

En savoir plus sur la manière dont les collectivités des Premières Nations, des Inuits et des Métis ont réagi à la pandémie.

Les populations qui ont été mal desservies sont confrontées à une aggravation des inégalités en matière de santé

Pour les populations qui ont été mal desservies, les différences d’accès aux ressources, de pouvoir et de privilèges ont contribué aux inégalités en matière de santé aggravées par la pandémie. Les populations qui ont historiquement connu des inégalités sociales et de santé, comme les collectivités racisées, à faible revenu et les immigrants récents, sont plus susceptibles de contracter la COVID-19 – souvent parce qu’elles occupent des emplois précaires mal rémunérés qui ne leur permettent pas de travailler à domicile13. Ces populations sont également plus susceptibles de rencontrer des obstacles pour obtenir les soins dont elles ont besoin, y compris les soins contre le cancer.

En savoir plus sur les répercussions de la COVID-19 sur les personnes atteintes de cancer qui sont confrontées à des inégalités.

Une attention ciblée est nécessaire maintenant

Comment pouvons-nous travailler ensemble pour rendre la main-d’œuvre spécialisée du secteur de la lutte contre le cancer plus résiliente, augmenter la capacité du système et apporter de l’innovation dans la prestation des services liés au cancer? Comment faire en sorte qu’un système de lutte contre le cancer post-pandémique place l’équité au premier plan? Quelle combinaison de changements de systèmes et de politiques soutenue par des tactiques pratiques sur le terrain et de nouveaux modèles de soins peut préparer le système de lutte contre le cancer à répondre à l’augmentation prochaine de la demande de nouveaux patients atteints de cancer et de patients atteints de cancers à des stades plus avancés – et garantir que le domaine du cancer ne soit pas à la traîne alors que d’autres composantes du système de santé cherchent également à relever des défis similaires?

En savoir plus sur les mesures nécessaires et les solutions innovantes qui peuvent contribuer à renforcer le système de lutte contre le cancer.

Cette page Web est une ressource en constante évolution et sera mise à jour au fil du temps pour intégrer de nouvelles données et aborder d’autres aspects du système de lutte contre le cancer.

  1. Société canadienne du cancer. Vue d’ensemble des statistiques sur le cancer. Disponible à l’adresse : https://cancer.ca/fr/research/cancer-statistics/cancer-statistics-at-a-glance.
  2. Lang J. J., Alam S., Cahill L. E., Drucker A. M., Gotay C., Kayibanda J. F. et coll. (2018). Global Burden of Disease Study trends for Canada from 1990 to 2016. CMAJ, 190(44), e1296-1304.
  3. Hanna T. P., King W. D., Thibodeau S., Jalink M., Paulin G. A., Harvey-Jones E. et coll. (2020). Mortality due to cancer treatment delay: systematic review and meta-analysis. BMJ, 371, m4087.
  4. Parmar A., Eskander A., Sander B., Irish J. C., Chan K. K. W. (2022). Impact of cancer surgery slowdowns on patient survival during the COVID-19 pandemic: a microsimulation modelling study. CMAJ, 194(11), e408-414.
  5. Walker M. J., Meggetto O., Gao J., Espino-Hernandez G., Jembere N., Bravo C. A. et coll. (2021). Measuring the impact of the COVID-19 pandemic on organized cancer screening and diagnostic follow-up care in Ontario, Canada: A provincial, population-based study. Prev Med, 151, article 106586.
  6. Organisation de coopération et de développement économiques. (2013). Cancer care: Assuring quality to improve survival. Éditions de l’OCDE. Disponible à l’adresse (en anglais seulement) : https://read.oecd-ilibrary.org/social-issues-migration-health/cancer-care_9789264181052-en.
  7. Fonds du Commonwealth. (2016) 2016 Commonwealth Fund International Health Policy Survey of Adults. Disponible à l’adresse (en anglais seulement) : https://www.commonwealthfund.org/publications/surveys/2016/nov/2016-commonwealth-fund-international-health-policy-survey-adults.
  8. Diamond L., Clarfield L. et Forte M. (2021). Vaccinations against human papillomavirus missed because of COVID-19 may lead to a rise in preventable cervical cancer. CMAJ, 193, e1467.
  9. Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances. (2020). 25% of Canadians (aged 35-54) are drinking more while at home due to COVID-19 pandemic; cite lack of regular schedule, stress and boredom as main factors. Disponible à l’adresse (en anglais seulement) : https://www.ccsa.ca/sites/default/files/2020-04/CCSA-NANOS-Alcohol-Consumption-During-COVID-19-Report-2020-en.pdf.
  10. Thompson K., Dutton D. J., MacNabb K., Liu T., Blades S. et Asbridge M. (2021). Changes in alcohol consumption during the COVID-19 pandemic: exploring gender differences and the role of emotional distress. Health Promot Chronic Dis Prev Can, 41(9), 254-263.
  11. Société canadienne du cancer. (2022, janvier). Enquête sur l’engagement des patients. Données disponibles sur demande.
  12. Mashford-Pringle A., Skura C., Stutz S. et Yohathasan T. (2021). Ce que nous avons entendu : peuples autochtones & COVID-19 : rapport complémentaire de l’Agence de la santé publique du Canada. Disponible à l’adresse : https://www.canada.ca/fr/sante-publique/organisation/publications/rapports-etat-sante-publique-canada-administrateur-chef-sante-publique/du-risque-resilience-approche-equite-covid-19/rapport-peuples-autochtones-covid-19.html.
  13. Nana-Sinkam P., Kraschnewski J., Sacco R., Chavez J., Fouad M., Gal T. et coll. (2021). Health disparities and equity in the era of COVID-19. J Clin Transl Sci, 5(1), e99.