Quelle distance devez-vous parcourir pour accéder aux soins?

Associé à la Priorité 6 et à la Priorité 7

Contexte – Inégalité dans les services de santé et le financement des déplacements pour raison médicale

On observe des différences dans l’accès des membres des Premières Nations ainsi que des Métis et des Inuits aux programmes de santé et de soutien aux déplacements pour raison médicale.

Par exemple, certains services de santé primaires ainsi que des programmes de prévention, de promotion et de santé communautaire sont accessibles aux Inuits qui vivent sur leur territoire traditionnel et aux membres des Premières Nations qui vivent dans une réserve, mais ne sont pas accessibles aux citoyens métis.

De même, le Programme des services de santé non assurés (SSNA), qui fournit des médicaments, des soins dentaires et d’autres services de santé (y compris le soutien aux déplacements pour raison médicale), n’est accessible qu’aux membres des Premières Nations et aux Inuits.

Le Programme des SSNA est la principale source d’aide financière pour les déplacements liés à des soins médicaux pour les patients des Premières Nations, les patients inuits et leur accompagnateur. Cependant, les coûts autorisés dans le cadre du programme des SSNA sont restrictifs et peuvent varier selon l’endroit.

Certains membres des Premières Nations et Inuits peuvent avoir accès à la télésanté pour consulter leur prestataire de soins, mais cela dépend d’une bande passante Internet suffisante, de l’engagement du prestataire de soins d’offrir des consultations de télésanté ainsi que de la réceptivité, de la confiance et du rapport entre les patients et leur prestataire de soins.

Pourquoi cet indicateur est-il important pour les Premières Nations, les Inuits et les Métis?

Le choix privilégié pour une personne atteinte d’un cancer est la prestation de soins à proximité du domicile. Cependant, de nombreux membres des Premières Nations, Inuits et Métis, en particulier ceux qui vivent dans des régions rurales et éloignées, doivent parcourir de longues distances pour recevoir un traitement contre le cancer, car les services ne sont pas disponibles dans leur région.

Certains, en particulier ceux vivant dans le Grand Nord et dans les communautés isolées, doivent parcourir de longues distances en avion pour obtenir un traitement et quitter leur famille, leurs amis et leur communauté pendant de longues périodes. Bon nombre de ces patients ne connaissent pas les grandes villes.

L’absence de soutien financier pour les citoyens métis et les contraintes de financement pour les patients des Premières Nations peuvent obliger les personnes vulnérables à se déplacer seules. Les frais de déplacement d’un aidant familial ou d’une personne apportant un soutien émotionnel sont rarement remboursés.

Voir les déterminants de la santé propres aux Autochtones

De quelle façon cela a-t-il une incidence sur les soins et les résultats?

Les personnes qui se déplacent pour recevoir un traitement contre le cancer peuvent être amenées à voyager seules et à être éloignées de leur famille (ou d’autres soutiens) pendant une période prolongée alors que le traitement est en cours. Les patients ne subissent pas seulement les désagréments et les difficultés liés aux longs déplacements et à l’isolement qu’entraînent les périodes prolongées loin de chez eux pour recevoir un traitement contre le cancer, ils doivent également composer avec les situations suivantes :

  • Le manque de soutien de leur famille ou de leur communauté et l’isolement pendant le traitement peuvent se traduire par des soins de mauvaise qualité, car il n’y a personne pour défendre les intérêts du patient.
  • Les personnes déjà vulnérables peuvent être confrontées à des difficultés supplémentaires en raison des barrières de communication et de langue, des préoccupations relatives à la sécurité culturelle ou du manque de mesures de soutien culturelles comme la prière, le chant ou les aliments traditionnels.
  • Les différences de langue et de culture, les soins non sécuritaires sur le plan culturel, les expériences de discrimination et de racisme et le manque de soutien familial, social et spirituel peuvent peser terriblement sur une personne déjà vulnérable qui présente des symptômes liés au cancer. Par conséquent, certains patients n’iront pas se faire traiter ou rentreront chez eux avant la fin du traitement.

Points de vue uniques des Inuits

Les Inuits qui résident sur leur terre natale sont probablement ceux qui se heurtent le plus à l’obstacle que constituent les longues distances à parcourir pour obtenir des soins. Une représentation graphique de ces déplacements figure ci-dessous :

Inuit medical travel map showing long distances

Voici des extraits des points de vue de patientes inuites recueillis en 2010 dans le cadre de la série de vidéos intitulée « En toute vérité » réalisée par le Partenariat. Les vidéos décrivent le stress généré par les déplacements et le besoin impérieux du soutien mental et émotionnel d’un accompagnateur.

J’habite à Kugluktuk, et nous devons voyager de Kugluktuk à Yellowknife, passer la nuit à Yellowknife, puis prendre l’avion pour Edmonton le lendemain. Voyager seul, c’est long; on s’inquiète déjà, vous savez, ce qui va se passer…

-Beatrice

J’avais la possibilité de rester à Winnipeg pendant quatre mois, mais je ne voulais pas. J’ai choisi d’y aller trois semaines et de recevoir mon traitement, puis de revenir à la maison pendant trois semaines. C’est ce que j’ai fait de novembre à avril, et puis, pendant un an, j’ai suivi le traitement par Herceptin toutes les trois semaines. J’ai beaucoup voyagé… Ils ont essayé une fois de m’offrir le traitement ici, mais ça coûtait trop cher au gouvernement d’envoyer une infirmière ici. Je me suis habituée à voyager, et j’étais si contente d’avoir une accompagnatrice durant tout ce temps. C’est plus une question de mental – on ne veut pas traverser ça tout seul. Peu importe notre force mentale, c’est toujours bon d’avoir quelqu’un à nos côtés.

-Veronica

La distance que doit parcourir un patient pour obtenir des soins a des répercussions profondes sur son bien-être même dans les circonstances les plus favorables, et tout particulièrement pendant la période de prestation de soins contre le cancer où le patient se sent vulnérable.

Vers l’équité en matière de santé

Les programmes provinciaux et territoriaux qui offrent un remboursement des frais de déplacement devraient être uniformes afin que tous les membres des Premières Nations, tous les Inuits et tous les Métis qui vivent dans des régions rurales ou éloignées puissent recevoir un soutien pour se déplacer dans d’autres régions, provinces ou territoires ou vers des zones urbaines afin de recevoir des soins contre le cancer.

Les aidants ou les accompagnateurs devraient être admissibles à des programmes de transport et à d’autres aides financières pour le transport, l’hébergement et les repas.

Les politiques sur les déplacements pour les Premières Nations, les Inuits et les Métis devraient être améliorées afin de favoriser l’accès aux accompagnateurs ainsi que le financement des déplacements, indépendamment du statut ou de l’accès aux SSNA.

Ce que cela signifierait pour les personnes vivant au Canada

Les patients des Premières Nations, inuits et métis atteints d’un cancer n’auront pas à s’inquiéter de la charge financière que représentent les déplacements pour recevoir les soins dont ils ont besoin.

Les coûts ne limiteront pas la capacité d’un patient à se déplacer avec son aidant.

Les patients des Premières Nations, inuits et métis atteints d’un cancer et leur famille reçoivent un soutien pour accéder à des programmes de transport complets, et ces programmes sont accessibles à tous les membres des Premières Nations, à tous les Inuits et à tous les Métis, quel que soit leur statut.

Répercussions de la COVID-19 – Exemples d’innovation et de résilience

Un partenariat pour rapprocher les soins du domicile des patients

La pandémie de COVID-19 a érigé des obstacles supplémentaires dans un parcours de soins déjà difficile et complexe pour les Inuits traités pour un cancer à Ottawa. Avant la pandémie, les femmes qui recevaient un traitement contre le cancer du sein appelé Herceptin devaient quitter leur communauté du Nunavut pour se rendre à Ottawa toutes les trois semaines pendant une période pouvant aller jusqu’à neuf mois. Avec les restrictions de voyage et d’isolement liées à la pandémie de COVID-19, les patientes devaient s’isoler dans un hôtel, à Ottawa, pendant deux semaines, ce qui limitait considérablement la possibilité de rentrer chez elles entre deux rendez-vous. Pour remédier à cette situation, L’Hôpital d’Ottawa a travaillé avec son partenaire, l’Hôpital général de Qikiqtani (HGQ), au Nunavut, afin de trouver une solution pour que ces patientes puissent recevoir leur traitement contre le cancer à l’HGQ. Grâce à une formation, à une nouvelle politique et à une collaboration avec les pharmacies locales pour garantir l’approvisionnement d’Herceptin sur le territoire, il a été possible de mettre en place en quelques semaines un processus permettant aux patientes atteintes d’un cancer du sein de recevoir leurs soins plus près de chez elles.

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