Rapport annuel 2025-2026

Transformation des soins pour des changements durables

Pour beaucoup de gens au Canada – dont les Premières Nations, les Inuits et les Métis, les personnes en situation d’itinérance et celles résidant en région rurale ou éloignée –, un diagnostic de cancer pose un deuxième défi : celui de s’y retrouver dans un système qui n’a pas été conçu en fonction de leurs besoins.

Cette année, les choses ont commencé à changer, pas seulement dans des projets isolés, mais bien dans des modèles de soins, conçus pour corriger les iniquités dans l’accès aux soins contre le cancer et leur prestation. Ces modèles sont maintenant intégrés dans les systèmes de santé et génèrent des données probantes qui redéfinissent la conception et la prestation des soins. Partout au pays, les partenaires du Partenariat sont passés de la mise à l’essai d’approches novatrices à la démonstration de leur efficacité et, dans bien des cas, ont obtenu des investissements durables, au-delà du financement du Partenariat, pour poursuivre ces travaux.

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Des soins plus près du domicile

Pour les personnes qui vivent hors des grands centres urbains, l’accès aux soins contre le cancer exige souvent de longs déplacements, du temps passé loin de la famille et une charge financière supplémentaire. Plusieurs projets visent à réduire ce fardeau en rapprochant les soins du domicile des gens.

À Terre-Neuve-et-Labrador, le programme de chimiothérapie intraveineuse à domicile pour adultes, soutenu par le Partenariat, a considérablement élargi l’accès aux soins en milieu communautaire. Le nombre de sites de débranchement – qui permettent aux gens d’effectuer les dernières étapes de leur perfusion plus près de chez eux – est passé de 13 à 45 à l’échelle provinciale. Le programme a aussi éliminé les restrictions géographiques en matière d’admissibilité et mis en place un processus d’autodébranchement, permettant ainsi à beaucoup plus de patientes et patients d’accéder à la chimiothérapie à domicile, quel que soit leur lieu de résidence. Parallèlement, une harmonisation de l’information destinée aux patientes et patients, des politiques, du soutien en dehors des heures ouvrables et des mécanismes de coordination dans la province a permis d’améliorer la qualité et la sécurité, à mesure de l’expansion du programme.

Par ailleurs, cette expansion a considérablement renforcé l’équité : la Première Nation Miawpukek à Conne River a été désignée comme site de débranchement local, ce qui a permis d’offrir des services de chimiothérapie à domicile directement dans une collectivité qui, auparavant, n’avait aucun accès local à cette étape des soins. La réussite de la mise en œuvre du projet est attribuable aux liens établis avec les communautés autochtones et au renforcement des partenariats avec le centre de santé et de services sociaux Conne River Health and Social Services.

En donnant à nos clientes et clients autochtones la possibilité de suivre leurs traitements de chimiothérapie par perfusion à domicile, nous contribuons à améliorer leur qualité de vie, à faciliter leur accès aux soins et à rapprocher les soins de leur domicile. Cette approche favorise leur guérison et réduit leur stress, puisqu’elle leur évite de devoir passer plusieurs jours loin de leur famille, de leurs proches et de leur communauté.


– Daniel McDonald, infirmier en santé publique, Conne River Health and Social Services

Les Territoires du Nord-Ouest ont transformé les soins contre le cancer grâce à un modèle de soins virtuels en oncologie médicale dirigés par du personnel infirmier, qui permet aux patientes et patients d’accéder à un soutien oncologique spécialisé dans leur collectivité. Conçu pour résoudre les problèmes de distance géographique, d’accès et d’équité, ce modèle comprend des services de coordination virtuelle des soins, de prise en charge des symptômes, d’information et de soutien psychosocial afin de renforcer la continuité entre les services offerts sur le territoire et en dehors de celui-ci.

L’évaluation révèle une meilleure expérience pour les patientes, les patients et les prestataires, une meilleure coordination des soins ainsi qu’une augmentation des capacités du système. Au départ, l’initiative devait avoir une durée limitée, mais son succès a mené à sa pérennisation, ce qui en fait un modèle durable et extensible de prestation de soins oncologiques de qualité dans les collectivités nordiques et éloignées.

Des soins conçus pour les personnes se heurtant aux plus grands obstacles

Certaines des avancées les plus marquantes de l’année en cancérologie découlent de travaux axés sur les besoins des personnes trop souvent laissées pour compte par le système.

En Alberta, des partenaires de Calgary (The Alex) et d’Edmonton (Radius Community Health and Healing) ont mis au point le premier modèle de soins provincial axé sur le diagnostic du cancer chez les personnes en situation d’itinérance, afin d’intégrer des mesures de soutien – aide au logement, accès à la nourriture, transport, services de santé mentale – dans le processus de diagnostic plutôt que de les reléguer au second rang. L’initiative a aussi permis de mettre en place des trajectoires diagnostiques provinciales fondées sur des données probantes pour les cancers génito-urinaires (GU), comme ceux de la vessie et du rein.

Les résultats préliminaires sont prometteurs : le nombre d’examens inutiles liés aux cancers GU est en baisse, les patientes et patients se présentent mieux préparés à leurs rendez-vous avec des spécialistes, munis des résultats des examens d’imagerie diagnostique nécessaires, et les prestataires de soins font état d’une meilleure collaboration et d’une capacité accrue à défendre les intérêts des personnes dans des situations complexes.

L’intégration du modèle dans les activités de Cancer Care Alberta est en cours. Ce qui était au départ une intervention ciblée est devenu une pratique courante – et constitue la preuve qu’une conception axée sur l’équité peut réduire le gaspillage tout en améliorant les soins.

Ce projet est la preuve que l’équité, la qualité et l’efficacité ne sont pas des priorités concurrentes, mais bien complémentaires. Lorsqu’un système est élaboré en fonction des besoins des populations méritant l’équité, il est possible de faire progresser ces trois aspects simultanément, pour le bien de toute la population.


– Michael Sidra, responsable principal de programme, Systèmes, programmes et rendement provinciaux, Cancer Care Alberta

En Saskatchewan, une nouvelle clinique spécialisée dans les gammopathies monoclonales (un éventail d’affections sanguines allant de bénignes à cancéreuses) améliore l’accès aux soins contre le cancer dans les collectivités du Nord, où les patientes et patients autochtones représentent près de la moitié de la population. La clinique entretient des liens directs avec le réseau régional de soins palliatifs, un élément essentiel pour les personnes atteintes d’une maladie incurable.

Au cœur du modèle se trouve un engagement à offrir des soins sécurisants sur le plan culturel. C’est pourquoi une collaboration a mené à l’élaboration de nouvelles ressources pédagogiques dans les langues locales pour les patientes et patients, et à la création, à la clinique, du tout premier poste d’intervenante-pivot ou intervenant-pivot issu des Premières Nations et des Métis de la province, afin d’offrir un soutien spécialisé à une population trop souvent confrontée à d’importants obstacles en matière d’accès aux soins.

En Colombie-Britannique, l’évaluation du programme d’intervention-pivot auprès des Autochtones a permis de relever les problèmes et d’améliorer les mesures de soutien offertes aux patientes et patients autochtones et à leur famille dans la province. Le Yukon s’est inspiré de l’expérience de la Colombie-Britannique pour concevoir son propre programme d’intervention-pivot, premier signe du type d’apprentissage intersystémique visé par le projet.

L’évaluation montre bien que le programme d’intervention-pivot auprès des Autochtones est un modèle essentiel et très efficace de soins contre le cancer culturellement sécurisants et axés sur la relation pour les peuples autochtones en Colombie-Britannique1.

En Ontario, un programme de soutien nutritionnel destiné aux personnes inuites atteintes de cancer à Ottawa redéfinit, dans la pratique, la notion de prestation de soins sécurisants sur le plan culturel. Fruit d’une collaboration avec Tungasuvvingat Inuit, la Fondation Wellspring pour le soutien face au cancer, la Fondation du cancer d’Ottawa, des Aînées et Aînés, un chef inuit et des spécialistes en nutrition, ce programme des services d’information et de soutien en matière de nutrition qui tiennent compte des traditions et de la langue inuites, ainsi que des aliments disponibles localement. Le programme met également en lumière l’importance d’assurer l’accès aux aliments traditionnels tout au long du parcours de soins contre le cancer et d’en faire une priorité en matière de mesure et de production de rapports, au même titre que l’accès aux soins et aux ressources dans la langue privilégiée par les patientes et les patients.

Deux participantes du programme Nourish de Wellspring goûtent des plats lors d’un atelier communautaire saisonnier.
Jeanie Ookalik et Deborah Tagornak, participantes du programme Nourish de Wellspring, goûtent des plats lors du rassemblement hivernal, l’un des quatre ateliers saisonniers permettant aux gens d’échanger leurs récits et leurs connaissances autour d’un repas. Photo : Tungasuvvingat Inuit

Grâce à des ateliers et à des séances organisées dans des banques alimentaires, les patientes, les patients et leur famille acquièrent des compétences pratiques en saine alimentation, en prise en charge des symptômes et en survie à long terme. En outre, le programme renforce un élément encore plus difficile à mesurer : la confiance entre les communautés inuites et le système de soutien aux personnes atteintes de cancer.

Élargissement de l’accès aux soins palliatifs

Cette année a marqué une étape importante dans le projet collaboratif Améliorer l’équité dans l’accès aux soins palliatifs (AEASP), mené par le Partenariat et Excellence en santé Canada en vue d’améliorer l’accès à des soins palliatifs de qualité pour les personnes se heurtant à des obstacles comme l’itinérance, la précarité du logement, l’éloignement des centres de soins ou d’autres problèmes sociaux ou structurels.

Dans 23 collectivités réparties dans huit provinces, l’initiative a permis d’offrir un soutien à plus de 9 000 patientes et patients, membres de leur famille et personnes aidantes, ainsi qu’une formation sur la mise en œuvre d’approches de soins plus sécuritaires et axées sur l’équité à plus de 2 300 prestataires de soins et de services sociaux, renforçant ainsi les capacités à long terme au sein de ces collectivités. En amenant les soins directement dans les refuges, les résidences et les organismes communautaires, ces modèles facilitent l’accès aux soins palliatifs pour les personnes ayant de la difficulté à obtenir des soins en passant par les services de santé conventionnels. Une évaluation économique des modèles de soins mobiles axés sur l’équité confirme l’efficacité de cette approche, tant sur le plan clinique qu’économique.

Les soins palliatifs sont un droit de la personne, et tout le monde mérite d’y avoir accès de manière équitable. Le projet collaboratif AEASP nous a permis de démontrer qu’en unissant nos forces avec créativité, passion et empathie, nous pouvons apporter des changements positifs aux soins de santé. Je suis très reconnaissant envers Excellence en santé Canada et le Partenariat canadien contre le cancer, qui ne se contentent pas d’en parler, mais joignent véritablement le geste à la parole.


– Dr Naheed Dosani, médecin spécialisé en soins palliatifs, Hôpital St. Michael, Unity Health Toronto; coprésident du comité directeur du projet AEASP; conseiller sur l’équité en santé auprès du Partenariat

Les partenariats conclus avec des refuges, des maisons de soins palliatifs, des organismes des Premières Nations, inuits et métis ainsi que des personnes ayant un vécu expérientiel permettent d’élargir la portée de l’initiative et de jeter des bases solides pour des résultats durables.

En parallèle, une initiative visant à offrir des soins palliatifs équitables plus près du domicile renforce les capacités dans les communautés autochtones et éloignées. Au Manitoba, des projets dirigés par des Autochtones œuvrent à la cocréation de modèles de soins fondés sur les priorités locales et les savoirs culturels, ainsi qu’à l’élaboration de ressources de formation, à l’organisation d’événements communautaires, à la mise en place de mesures de soutien aux personnes aidantes et à la création de ressources sur le chagrin et le deuil, en collaboration avec des Aînées et Aînés ainsi que des Gardiennes et Gardiens du savoir.

En outre, les partenaires ont créé, en collaboration avec des communautés des Premières Nations, une brochure sur les soins palliatifs ancrée dans la culture, qui intègre des enseignements traditionnels, des conseils pratiques et des œuvres d’art communautaires afin d’aider les patientes et patients ainsi que leur famille à se préparer aux soins de fin de vie.

Lorsque l’on prend le temps d’avoir des discussions au sujet des soins centrés sur les Autochtones et de poser des gestes en ce sens, on favorise l’autonomisation et on permet aux gens de se rapprocher de leur culture ou de renouer avec elle. Ces discussions et ces gestes ouvrent la voie à des échanges sur ce que signifient le choix et la dignité lorsqu’une personne amorce son voyage vers le monde des esprits.


– Natasha Caverley, présidente, Turtle Island Consulting Services Inc.

Soutien aux personnes adolescentes et jeunes adultes : l’oncofertilité

Pour les adolescentes, les adolescents et les jeunes adultes qui reçoivent un diagnostic de cancer, les décisions en matière de fertilité peuvent avoir des répercussions tout au long de la vie, certains traitements anticancéreux pouvant compromettre leur capacité à avoir des enfants. Jusqu’à présent, moins de la moitié des patientes et patients admissibles ont eu des discussions à ce sujet avec leur équipe de soins. Dans le prolongement de premières initiatives de sensibilisation et d’élaboration de ressources, des partenaires de huit provinces et territoires travaillent à rendre plus uniformes les discussions sur la fertilité et à les intégrer de façon plus systématique dans les soins.

D’autres mesures sont en cours pour aider les prestataires de soins ainsi que les patientes et patients : intégration, dans les processus cliniques, de questions visant à évaluer les besoins en matière de fertilité, normalisation des trajectoires d’orientation et élaboration de nouveaux outils. Dans les provinces et territoires, ce travail se concrétise de diverses façons :

  • En Colombie-Britannique et au Yukon, des trajectoires d’orientation et des ressources, élaborées conjointement avec les patientes et patients et les équipes de soins, sont maintenant en place, et les soins en matière de fertilité sont intégrés dans le dossier médical électronique de BC Cancer. Plus de 2 500 cliniciennes, cliniciens, professionnelles paramédicales et professionnels paramédicaux ont reçu une formation sur ces nouvelles trajectoires et ressources.
  • Au Manitoba, l’évaluation des besoins en matière de fertilité est en cours d’intégration dans les systèmes cliniques et est soutenue par de nouvelles politiques. La mise en œuvre de ces mesures a entraîné une hausse de 20 % du nombre de discussions sur la fertilité, à un point ou à un autre du parcours de soins contre le cancer, et une hausse de 13 % du nombre d’orientations vers une clinique de fertilité.
  • Dans quatre provinces du Canada atlantique, des trajectoires d’orientation ont été intégrées aux lignes directrices en matière de soins contre le cancer en vue d’une approche régionale plus coordonnée.

Ensemble, ces efforts contribuent à faire de l’oncofertilité une composante plus coordonnée et plus fiable des soins contre le cancer, plutôt qu’une pratique variable. En Alberta, les investissements initiaux dans les protocoles d’oncofertilité ont aussi favorisé l’élaboration d’un nouveau programme financé par la province, par l’intermédiaire de Cancer Care Alberta et de Fertility Alberta.

Dans l’ensemble des projets, un fort accent est mis sur l’équité afin que l’information et les services en matière de fertilité soient accessibles aux communautés des Premières Nations, inuites et métisses, aux personnes racisées et aux autres groupes mal desservis.

L’oncofertilité, soit la capacité ou la possibilité pour une personne d’avoir des enfants biologiques dans l’avenir, indépendamment des traitements anticancéreux reçus dans sa jeunesse, est un indicateur clé de la qualité de vie de nos patientes et patients en phase de survie et au-delà.


– Dr Paul D’Alessandro, hématologue et oncologue pédiatrique, Université de Saskatchewan

La vie après le cancer : survie et soutien psychosocial

Pour le nombre croissant de personnes qui survivent à leur diagnostic de cancer, la fin du traitement ne marque pas la fin du parcours. Or, bien que les difficultés d’ordre physique, émotionnel et pratique persistent souvent, l’accès à des soins coordonnés après le traitement reste inégal.

S’appuyant sur des investissements antérieurs consacrés à la planification de la vie après le cancer et à l’élaboration de ressources à ce sujet, des partenaires de l’Ontario, du Québec et de la Nouvelle-Écosse ont continué à faire progresser des modèles de soins post-traitement, y compris des mesures de soutien destinées aux personnes n’ayant pas de prestataire de soins primaires habituel. Cette année :

  • des travaux menés en Ontario, au Québec et en Nouvelle-Écosse ont continué de favoriser une meilleure coordination des soins de suivi pour les personnes atteintes de cancer ou y ayant survécu;
  • une collaboration nationale a mené à une mise à jour de lignes directrices pancanadiennes fondées sur des données probantes en matière de modèles de soins de survie au cancer;
  • dans le nord de l’Ontario, un modèle de soins virtuels de psychiatrie oncologique améliore l’accès aux soins de santé mentale pendant et après le traitement contre le cancer, un soutien étant offert jusqu’à 18 mois après la fin du traitement. L’expansion du modèle à d’autres endroits est en cours.

Le recueil de ressources « La vie après le cancer », qui présente les initiatives financées par le Partenariat partout au Canada, continue d’élargir sa portée en tant que plateforme d’échange de connaissances sur les soins de survie. En regroupant en un seul endroit des renseignements, des outils, des ressources et des exemples de pratiques prometteuses, il aide les partenaires à tirer des leçons des investissements réalisés jusqu’à présent et à adapter des initiatives similaires dans leur province ou territoire.

1BC Cancer. (2026). Indigenous Cancer Control: Indigenous Patient Navigator Program: Final Evaluation Report (en anglais seulement).