La mission d’un chirurgien : améliorer le dépistage du cancer colorectal au Canada
Des communautés nordiques éloignées aux discussions sur les politiques nationales, le Dr Hendrik du Plessis s’emploie à améliorer la participation et l’accès au dépistage du cancer colorectal dans tout le pays.
24 mars 2026

S’il est très facile à éviter et à traiter, le cancer colorectal demeure pourtant l’un des cancers les plus fréquemment diagnostiqués et constitue la deuxième cause de décès liés à cette maladie au Canada. À l’occasion du Mois de la sensibilisation au cancer colorectal (mars), le Partenariat canadien contre le cancer (le Partenariat) a rencontré le Dr Hendrik du Plessis pour discuter des difficultés d’accès de certaines communautés au dépistage du cancer colorectal, et de l’importance grandissante d’un dépistage plus précoce et d’une sensibilisation plus vaste pour accroître les taux de participation.
Remarque : l’entrevue a été modifiée pour des raisons de clarté et de concision.
Pour commencer, pourriez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a mené à la médecine?
Dr Hendrik du Plessis : J’ai grandi en Afrique du Sud. Mon père était directeur d’école et enseignait les mathématiques et la biologie, et ma mère était infirmière autorisée; j’ai donc baigné dans les sciences dès mon plus jeune âge.
Une fois mes études de médecine terminées, j’ai exercé de nombreuses années dans des régions éloignées, notamment dans le désert du Sahara, en Indonésie, au Nigéria et en Angola, où je fournissais des services à des communautés mal desservies. Après avoir sillonné le monde entier, j’ai finalement décidé d’effectuer une résidence en chirurgie générale, comme je le souhaitais depuis le début.
Comment en êtes-vous venu à vous intéresser au dépistage du cancer colorectal en Saskatchewan?
Quand je suis arrivé en Saskatchewan, bien des années plus tard, il y avait une conscience croissante des avantages du dépistage. J’ai eu l’occasion d’intervenir dans ce domaine au moment du lancement du programme provincial de dépistage du cancer colorectal. Un conseiller médical m’a invité à me joindre à cette initiative, et grâce à divers contacts et collaborations avec des personnes œuvrant dans ce domaine, je me suis profondément investi dans ce travail. À présent, je suis également conseiller en dépistage auprès du Partenariat.
Quels types d’obstacles les personnes vivant en milieu rural et éloigné (par exemple, dans les zones rurales de la Saskatchewan) rencontrent-elles pour accéder au dépistage du cancer colorectal?
Dans la région du nord-ouest de la Saskatchewan, nous rencontrons des difficultés particulières. Beaucoup de personnes vivent très loin de notre centre de chirurgie générale, vers lequel elles sont souvent orientées pour passer une coloscopie. Certaines doivent faire six à huit heures de trajet pour se rendre à un centre qui pourra les prendre en charge, et ce, même après une consultation dans un établissement régional. Cela constitue en soi un obstacle majeur : longues distances à parcourir, routes difficiles d’accès, conditions hivernales rigoureuses et service postal peu fiable. Ces dernières années, en raison des retards de Postes Canada, il s’est avéré particulièrement difficile de faire parvenir des invitations au dépistage aux membres de certaines communautés. D’autres personnes n’ont même pas d’adresse postale : certaines vivent dans une cabane au fond des bois, ce qui complique plus encore la communication.
Cependant, joindre les gens n’est qu’une partie du problème : il faut aussi les aider à comprendre l’importance du dépistage. Les patientes et patients posent souvent des questions sur le but de l’examen, et il me faut parfois parler à des membres de leur famille ou de leur communauté pour leur expliquer les avantages du programme de dépistage. Dans les hôpitaux, nous avons la chance de pouvoir compter sur des agentes et agents de liaison qui peuvent parler aux personnes des régions éloignées et nordiques dans leur propre langue, ou qui partagent un héritage culturel similaire. Cela fait toute la différence.
Vous avez fait une priorité du renforcement du dépistage du cancer colorectal au sein des collectivités mal desservies des territoires et des communautés des Premières Nations. Pourquoi est-ce important?
On sous-estime parfois la taille de la population des Prairies et des territoires, où il peut exister une opposition à la médecine occidentale et des idées fausses à son sujet. Il nous incombe de faire comprendre aux gens le processus de dépistage et de traitement ainsi que sa visée, grâce à des initiatives culturellement sécurisantes et dirigées par les communautés. Le gouvernement du Nunavut fait figure d’exemple à cet égard : il a recours à des systèmes locaux, à du personnel infirmier scolaire et à des services de traduction afin de bien transmettre l’information.
Le cancer colorectal et les maladies du côlon en général touchent de manière disproportionnée les populations mal desservies. Pour en réduire l’incidence et en améliorer l’issue, il est donc essentiel d’accroître la participation au dépistage dans les régions rurales et éloignées ainsi qu’au sein des communautés autochtones.
– Dr Hendrik du Plessis
Comment les patientes et patients peuvent-ils aborder la question du dépistage du cancer colorectal avec leur médecin de famille?
Les recommandations pour les personnes présentant un risque accru de cancer colorectal diffèrent de celles concernant les personnes présentant un risque moyen, que ciblent les programmes de dépistage à l’échelle de la population. Le risque est plus élevé chez les personnes qui présentent des antécédents familiaux importants de cancer colorectal, notamment chez des parents au premier degré (c’est-à-dire père, mère, frères, sœurs, voire enfants pour les personnes âgées). Chez ces personnes, il est possible que le dépistage commence plus tôt, en général à 40 ans ou dix ans avant l’âge auquel leur proche a reçu son diagnostic.
Mais ce n’est pas tout : il faut aussi reconnaître les symptômes de la maladie. Les médecins de famille doivent demander à leurs patientes et patients s’ils présentent des symptômes alarmants qui pourraient nécessiter des examens complémentaires : saignements rectaux persistants, changements dans les habitudes intestinales qui durent des mois (non liés à une brève maladie), perte de poids importante et inexpliquée, ou signes d’anémie ou de carence en fer sans cause évidente. Il est essentiel que les patientes et patients fassent valoir leurs intérêts en communiquant leurs préoccupations à leur prestataire de soins primaires, qui doit, à son tour, leur poser les bonnes questions de suivi sur leurs antécédents familiaux ou la présence de symptômes pouvant nécessiter des examens complémentaires.
Enfin, il va sans dire qu’il faut fortement encourager les personnes admissibles à participer au programme de dépistage de leur province ou territoire.

Certains changements comportementaux peuvent-ils réduire le risque de cancer colorectal?
Comme l’indiquent les données probantes, une alimentation riche en viande rouge accroît le risque de cancer colorectal. L’adoption d’une alimentation saine, d’un mode de vie actif et de meilleures habitudes de vie – par exemple, l’abandon du tabagisme – peut contribuer à réduire ce risque.
Cela dit, ces comportements ne garantissent pas la prévention du cancer colorectal. Il arrive que des personnes actives et en très bonne santé reçoivent ce diagnostic, mais dans certains de ces cas, il se peut que des symptômes précoces (par exemple, des saignements rectaux) soient passés inaperçus ou n’aient pas été signalés. L’ensemble des données probantes semblent toutefois indiquer que les facteurs liés à l’environnement et au mode de vie contribuent de façon non négligeable au risque de cancer, et que des choix plus sains peuvent contribuer à réduire ce risque.
En outre, il ne faut pas oublier que si les facteurs individuels jouent un rôle dans la prévention du cancer, les causes de la maladie sont aussi affectées par des facteurs économiques et de santé publique plus vastes tels que la situation sociale et financière, la qualité de vie et le bien-être psychosocial d’une personne. La capacité à accéder aux ressources nécessaires à l’adoption d’un mode de vie plus sain est profondément ancrée dans des inégalités systémiques persistantes au Canada, lesquelles doivent être prises en compte dans la prévention primaire de cancers tels que le cancer colorectal.
Dès lors qu’on sait qu’on présente peut-être un risque accru de cancer colorectal, on peut prendre plusieurs mesures : suivre les lignes directrices recommandées, rester en contact avec son médecin de famille, prêter attention à tout symptôme inquiétant, participer au dépistage et adopter un mode de vie plus sain, si possible.
– Dr Hendrik du Plessis
Aucune mesure à elle seule ne prévient le cancer. La prévention repose plutôt sur un ensemble d’actions complémentaires : plus on en fait, plus les chances de réduire le risque de cancer et de détecter la maladie à un stade précoce, où elle est le plus facile à traiter, augmentent.
Pourquoi est-il important de souligner le Mois de la sensibilisation au cancer colorectal, en mars?
Quand je parle à des patientes et patients, j’ai souvent recours à une comparaison toute simple : votre corps est comme un véhicule. Il ne vous viendrait pas à l’idée de conduire une voiture pendant 20 ans sans en changer l’huile, en remplacer les pneus, ni l’entretenir régulièrement. C’est la même chose pour votre corps : si vous voulez qu’il continue à bien fonctionner, il faut en prendre soin.
Le dépistage du cancer colorectal figure parmi ces outils d’entretien essentiels. Il ne modifie pas le risque de maladie cardiaque, d’accident vasculaire cérébral, ni de diabète, mais il constitue un moyen simple de savoir si vous présentez un risque de développer ce cancer. On peut commencer par un examen non effractif, et, au besoin, vous proposer une coloscopie pour examiner la situation de plus près.
Plus il y a de personnes qui participent au dépistage, plus nous pouvons en garder en santé et « en état de marche » plus longtemps. Il est donc essentiel de tirer profit d’événements nationaux tels que le Mois de la sensibilisation au cancer colorectal en mars.
– Dr Hendrik du Plessis
En plus d’être conseiller en dépistage auprès du Partenariat, vous êtes aussi membre du Canadian Screening for Colorectal Cancer Research Network (réseau canadien de recherche sur le dépistage du cancer colorectal), du Réseau national de dépistage du cancer colorectal et de la Communauté de pratique sur le dépistage du cancer colorectal. Selon vous, pourquoi est-il important de collaborer et de rassembler la communauté du dépistage du cancer colorectal?
Être membre de deux réseaux et d’une communauté de pratique vous expose aux expériences des autres. Au Canada, le fardeau des maladies colorectales varie selon le territoire de compétence, et chacun a sa propre façon de surmonter les défis connexes. Les stratégies efficaces ne sont pas nécessairement les mêmes dans les provinces maritimes qu’aux Territoires du Nord-Ouest ou sur l’île de Vancouver, mais d’un océan à l’autre, nous pouvons améliorer la sensibilisation des patientes et patients. La mise en commun de ces approches – qu’elles aient fonctionné ou non – permet un apprentissage mutuel.
Dans l’ensemble, ces collaborations créent un espace où tout le monde profite de l’expérience collective.
Souhaitez-vous ajouter quelque chose?
Le Partenariat a une portée nationale vraiment unique. Espérons qu’au fil du suivi des taux de participation, nous verrons l’amélioration de la sensibilisation et de la participation au dépistage se refléter dans les statistiques et les indicateurs, lesquels indiquent déjà une tendance à la baisse des taux de cancer colorectal et de la mortalité associée.
Tous ces travaux reposent sur la collaboration, et le soutien du Partenariat est déterminant pour améliorer la participation au dépistage au Canada
– Dr Hendrik du Plessis
Enfin, j’ai un dernier message à adresser aux lectrices et lecteurs : si vous présentez des symptômes, veillez à ce qu’ils soient bien évalués. Et si vous faites partie du groupe d’âge pour lequel le dépistage est recommandé, participez-y dès que possible. Plus les problèmes sont détectés tôt, plus les chances de prévenir et de traiter efficacement le cancer colorectal sont élevées.
Consultez l’analyse de l’environnement 2023-2024 du dépistage du cancer colorectal.